Derniers jours chez Sansonnens par Laurent LAFFLY

Le mois de septembre tire à sa fin et les rivières en première catégorie vont bientôt fermer pour permettre aux truites de s'ébattre en paix. Chez Sansonnens, au bord de la Loue, Henri a déjà fermé la pêche de la truite depuis le milieu du mois car il considère que les truites ont déjà commencer leur fraie et il préfère "qu'on laisse dans la rivière des poissons qui ont le ventre plein d'oeufs".
En Franche-Comté, même si nous déplorons des été frais et quelquefois arrosés, il arrive que le mois de septembre et le début de l'automne nous procure un merveilleux "été indien". Pendant cette période, les arbres se teintes d'ocre et de roux et les reflets des rivières sont de toute beauté. Ce fut le cas cette année où les crues d'août ont nettoyé la rivière de ces herbiers et les faibles précipitations de ces derniers jours ont permis d'avoir un niveau d'eau très satisfaisant.

Loue à Cademène (25)

Lorsque j'étais venu pour la première fois en juin, les ombres étaient bien visibles sur les lits de sable et les truites se tenaient sur les bordures. Pour pêcher ici, il faut savoir être discret et bien observer tous les éléments qui vous entourent. La technique la plus efficace pour capturer des truites consiste à remonter très doucement la rivière et pêcher les poissons en activité depuis le milieu de la Loue avec une oreille de lièvre ou une petite nymphe faiblement lestée (en effet, chaque "plouf" suspect a pour effet de faire fuir le poisson...). Les ombres quant à eux se pêchent avec une nymphe assez lourde ou une nymphe avec une bille de tungstène en absence d'activité; dès que les gobages apparaissent, il faut essayer une petite mouche d'Ornans, une peute et toujours prévoir une fourmi si ces dernières sont sur l'eau.

La ferme de chez Sansonnens (25)

Vous pouvez utiliser les mouches décrites ci-dessous qui constituent un assez bon apercu des modèles efficaces sur la Loue. Songez à avoir des mouches de petite taille et des nymphes de deux sortes : l'une très peu lestée de type pheasant tail pour pêcher les truites des bordures et des modèles très lourds pour chercher les ombres dans les courants forts de la rivière.
Le matériel devra être léger : soie flottante 3 ou 4, bas de lignes longs et fins et cannes de 8'6 à 9' pour la sèche et la nymphe, 10' à 11' si vous pêcher à la nymphe au fil et en mouche noyée.

Mercredi, 8 heures du matin, après avoir roulé pendant une heure trente, j'arrive enfin sur les berges de la Loue. Comme toujours j'appréhende cet instant en imaginant le pire : la rivière en crue... Heureusement en cette mi-septembre, le niveau est idéal et dès que je sors de ma voiture, je vois un ombre dans le courant en face de moi. Henri Sansonnens ayant décidé de fermer la truite dès samedi soir, j'ai profité d'une journée de libre pour "fermer" la saison ici. Il y déjà quelques voitures et je constate que les lieux attirent toujours autant de passionnés venus parfois d'assez loin (21, 38, 25, 84, 90, 92).

Je décide de commencer à pêcher en nymphe et c'est vers l'aval que mes mouches tenteront de séduire un ombre ou une truite. Nous sommes sur la Loue et donc il faut savoir que la pêche en wading est interdite, vous devez donc prévoir des cuissardes et le lot des déconvenues qui s'y rattachent (remplissages intempestifs, pantalons trempés, ...). N'ayant jamais atteinds la limite aval du parcours, je décide de m'y rendre directement. Arrivé sur place, je vois de beaux ombres qui nagent dans peu d'eau. Malheureusement pour moi ils ne seront pas séduits par mon imitation. Ayant traversé la rivière, je longe des roseaux et dans quelques centimètres d'eau je vois une magnifique fario rayée, typique des rivières Comtoise. Pendant un moment j'essaie de voir ce que fait le poisson et je me décide pour une minuscule nymphe pheasant tail. Au premier passage je vois la truite faire un léger détour et engammer mon imitation. je ferre et le poisson se débat vigoureusement. Lorsque j'ai pêché les ombres précédemment, j'avais mis un bas de ligne en 8 centième et n'ayant pas jugé utile de le remplacer par un fil un peu plus gros, je perds la truite qui s'enfuit avec la mouche dan la gueule. Je suis en colère contre moi-même car c'est de ma faute si le poisson s'est enfuit, en plus c'était vraiment une belle fario que j'aurais eu plaisir à photographier.
Ombre de la Loue

Après avoir remonté le cours de la Loue jusqu'à la ferme, je fais la connaissance d'un pêcheur de Dijon. Il est bon pêcheur, sympathique et nous échangeons nos impressions sur la rivière tout en nous informant des autres parcours intéressants, malheureusement je ne lui demande pas ses coordonnées et je ne pourrais certainement pas continuer à le voir sur l'un des parcours que nous fréquentons en commun.
Après avoir mangé en compagnie des poules qui tournent dans mes jambes pour me piquer les miettes qui tombent à terre, je repars dans la direction opposée et je me dirige vers le cours supérieur. Il y a plus de truites me semble-t-il et j'ai bien envie de ne pas renouveler ma mésaventure du matin. Sur un magnifique plat, je ferre un ombre d'une quarantaine de centimètres avec une nymphe très plombée animée au raz du fond. Puis je remonte sur la berge et là je vois une truite superbe immobile juste en dessous de moi. Elle ne m'a pas repéré et ne bouge presque pas. J'ai toujours ma nymphe lestée sur ma ligne et je sais que si je tente de capturer ce poisson ainsi, il fuira comme le font les autres truites du parcours. Je décide donc de tenter une chose que je n'ai jamais faite : pêcher à l'arbalette avec non pas une nymphe légère mais une peute ! Je me dis que de cette manière le poisson ne sera pas effrayé par l'impact de la mouche sur l'eau car je dispose de très peu de place pour lancer ma mouche. Je change donc d'imitation et place un peute jaune sur hameçon de 18. Je me positionne pour lancer avec la technique dite de l'arbalette et je constate que la mouche sèche ne fait pas du tout comme la nymphe qui s'immerge là où l'on vise avec le scion de la canne, au contraire, ma mouche descent doucement sous la canne et vient se placer à 5 centimètres de la berge. Je pense que c'est fichu car si je remonte ma mouche le poisson devra me voir... je constate que la truite se déplace doucement. Elle remonte la rivière de quelques centimètres et vient se placer sous ma mouche qu'elle attrape presque au ralenti. Je suis en apnée... ferrage et "pendue". j'ai réussi à capturer une magnique truite alors que je pensais que c'était impossible. Parfois lorsqu'on pêche, nous sommes tellement focalisés par les poissons qu'on oublie certains détails. ce fut mon cas lorsque, le poisson ferré, je dû me positionner dans la rivière. C'est là qu'on regrette les waders car lorsque le poisson entra finalement dans mon épuisette, j'avais les jambes trempées. La dernière fois, en glissant sur les rochers, j'étais tombé dans la rivière et cette fois encore me voilà mouillé jusqu'à la taille... De toute façon ce poisson méritait bien un petit bain forcé.
Vers 18 heures c'est en sèche que j'ai pêché les ombres gobeurs et après avoir pris plusieurs poissons de taille moyenne, j'ai décidé de rentrer avant le coup du soir que je pressentais que la brume qui recouvrait lentement la Loue ne permettrait pas de profiter jusqu'à la nuit de cette magnifique rivière. Ravi d'avoir bénéficié d'une si belle journée, je peut dire que j'ai réussi ma fermeture de la truite sur la Loue et maintenant, à l'exception d'une dernière virée à Goumois sur le Doubs ou d'un parcours à ombre en deuxième catégorie, je vais préparer mes cannes à réservoir.

Didier sur un barrage de la Loue